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L’art de la prévision au doigt mouillé

L’art de la prévision au doigt mouillé

Certaines personnes sont payées très cher pour faire des choses dont elles auraient un peu honte en public : elles font des prévisions économiques.

Pire encore, d’autres déplacent des sommes d’argent considérables selon que les statistiques publiées sont conformes ou non aux anticipations de ces « experts ».

Il s’agit au mieux d’une perte de temps (même si cela permet d’occuper des gérants de fonds et des économistes) et, au pire, d’une perte d’argent (celui des autres, de surcroît), dilapidé en frais de transactions et en performances d’investissement médiocres.

Il existe au moins deux raisons pour lesquelles nous ne faisons pas de prévisions macroéconomiques. Tout d’abord, parce que nous ne pensons pas être meilleurs que ceux qui ont accès aux mêmes informations que nous – et si nous ne pouvons pas mieux faire, il n’y a aucune raison de faire payer des gens pour le plaisir. Deuxième raison : en imaginant même que nous soyons des voyants hors pair, il est proprement impossible d’être sûr que telle publication statistique aura tel impact sur les prix des actifs. Des événements surviennent entre-temps – une catastrophe naturelle ici, un manque de crédibilité souveraine là, quelques chocs pétroliers ou une poignée de facteurs auxquels nous ne connaissons rien – et la plus belle des prévisions ne correspond plus à la variation réelle des cours.

L’indicateur macroéconomique le plus suivi de la première puissance mondiale est son marché du travail et, surtout, l’évolution mensuelle de l’emploi non agricole. Chaque premier vendredi du mois, la tension est palpable dans toutes les salles de marché du monde avant l’heure fatidique de la publication.

Le fait que ces chiffres – publiés à 14h30, heure de Paris – soient inférieurs ou supérieurs au consensus du marché a une influence majeure sur la manière dont les observateurs envisagent l’évolution de l’économie américaine et mondiale à court terme.

Et cette perception de l’orientation immédiate influe à son tour sur les cours et génère des mouvements sur les marchés d’actifs. Cela ne devrait pas être le cas, mais les faits sont là.

Nous qui sommes « anti-prévisions » essayons de prendre du recul par rapport au bruit statistique et de regarder les faits qui indiquent dans quel état se trouve effectivement l’économie plutôt que dans quel sens elle va (ce qui relève des choses dont nous ne savons presque rien). Nous préférons donc étudier la tendance de l’emploi à moyen terme et chercher à savoir si les données récentes indiquent qu’il y a lieu de s’inquiéter.

Et il s’avère que le marché de l’emploi se porte bien, et que les données récentes sont de bonne facture.

Le premier graphique ci-dessous résume ce que nous venons de dire, et montre également comment ont évolué les revenus et dépenses des ménages ces 15 dernières années :

Forecasting mumbo jumbo Blog charts May 12_1

En conséquence, lorsque le rapport sur l’emploi non agricole est inférieur au consensus et que l’actualité n’est faite que de « les marchés décrochent après les mauvais chiffres américains », comme cela a été le cas vendredi dernier, il s’agit d’une réaction excessive. Les choses sont encore plus évidentes si l’on observe l’évolution du rapport sur l’emploi l’an passé et les révisions qui ont été apportées.

Les graphiques ci-dessous illustrent ce constat de deux manières. Le premier compare les prévisions, les chiffres réels et les chiffres révisés du rapport sur l’emploi mois par mois. Le second met en lumière la trajectoire réelle de l’emploi et celle que suggère le consensus.

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Forecasting mumbo jumbo Blog charts May 12_3

 

Le constat est sans appel : l’emploi s’est mieux porté ces douze derniers mois que le marché ne l’anticipait. Changer de point de vue sur la vigueur du marché du travail sur la base d’un seul rapport mensuel (bien souvent révisé de surcroît) n’a aucun sens. Changer de manière d’investir dans la foulée est pire encore.


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