Article

Une pure folie ? Les actions américaines sont-elles désormais survalorisées ?

« Il me semble que le marché est trop volatil, ses excès sont dus au fait que les gens sont un peu fous »

Robert Shiller, le 8 décembre 2013 lors de son discours d’acceptation du prix Sveriges Riksbank 2013 de Sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel 

L’an passé, la performance totale de l’indice S&P 500 a atteint un peu plus de 32 %, tandis que la hausse des bénéfices sous-jacents est attendue autour de 11 % (cf. graph. 1 – le chiffre définitif sera connu lorsque toutes les entreprises de l’indice auront publié leurs résultats). Que doivent penser les investisseurs d’une telle performance ? La progression du marché a-t-elle été excessive ? Ceux qui connaissent les marchés boursiers pourraient être tentés de répondre par l’affirmative dans la mesure où, à moyen terme, la hausse des cours suit celle des bénéfices. Mais si l’on examine la situation de plus près, on peut estimer que cette hausse n’est pas excessive, le raisonnement étant que la réévaluation du marché était justifiée. Le point de départ des niveaux de valorisation il y a un an était attrayant, ce qui, dans un contexte économique favorable, a permis au marché de progresser de façon beaucoup plus marquée que les bénéfices et, en conséquence, a poussé à la baisse la prime de risque intégrée à l’évaluation des cours. Cela implique que (toutes choses étant égales par ailleurs) les investisseurs devraient s’attendre à de moindres performances de la part des actions américaines dans la période à venir.

Slide1

Le changement dans l’évaluation du marché boursier (qui peut être mesurée par les rations cours/bénéfices, valeur de marché/valeur comptable etc.) explique la différence entre les performances des bénéfices sous-jacents et celles des cours. Ces changements résultent principalement de l’évolution du moral des investisseurs, responsable de la « volatilité excessive » du marché, un phénomène largement reconnu aujourd’hui et illustré par les phases de « bulle » et d’effondrement qui ont caractérisé les marchés d’actions ces dernières années.

Robert Shiller, qui a (conjointement) reçu le Prix Nobel de Sciences économiques en 2013 pour ses travaux empiriques sur les prix des actifs, a consacré la majeure partie de ses recherches initiales aux excès de volatilité. Son article de 1981 eut une très grande influence, même si l’on peut estimer qu’il ne révélait rien de nouveau, tout étudiant en histoire économique ayant pu constater que les marchés pouvaient être plus instables que les fondamentaux, ne serait-ce qu’à la lueur des évènements de 1929.

Mais Shiller n’a pas toujours fait l’unanimité. Bien qu’on lui reconnaisse le fait d’avoir signalé la bulle boursière de la fin des années 90 et la bulle immobilière américaine du milieu des années 2000, il a également fait l’objet de critiques. Son ouvrage intitulé « L’exubérance irrationnelle » fut initialement publié en 1996, soit 3 ans avant l’apogée du marché. Plus récemment, certains observateurs (dont le professeur Jeremy Siegel) ont estimé que sa mesure des niveaux de valorisation aux États-Unis était désormais faussée par un changement des règles comptables. Il semble étrange que le ratio cours/bénéfice corrigé des variations cycliques (CAPE) de Shiller soit de 25, alors que les mesures basées sur les attentes à 12 mois en matière de bénéfices sont plus proches de 16x.

Au final, lorsque des personnes très intelligentes en viennent à examiner le traitement comptable des dépréciations pour savoir si un marché est sous-évalué ou non, c’est qu’il ne l’est probablement pas ! Aujourd’hui, suite à la réévaluation des actions américaines en 2013, il serait vraisemblablement plus approprié de qualifier la valorisation du marché de neutre. Cette observation n’empêche en rien un nouveau changement d’évaluation, le marché étant susceptible de continuer à faire l’objet d’un excès de volatilité de façon imprévisible.

Les prévisions consensuelles tablent actuellement sur une croissance de 10 % des bénéfices des entreprises du S&P 500, sur la base d’une croissance des ventes de 4 %. Ces chiffres sont proches des attentes normales des analystes. Ils seront probablement erronés et n’apprendront rien aux investisseurs sur les performances futures du marché d’actions. Tout ce qui est certain, c’est que les performances durables des actions américaines sont moins élevées qu’il y a un an et qu’il y aura vraisemblablement des surprises tout au long de l’année !

Slide2


La valeur des investissements peut fluctuer et ainsi faire baisser ou augmenter la valeur liquidative des fonds. Vous pouvez donc ne pas récupérer votre placement d'origine.