Bruits de Marché

Mark Carney est avant tout influencé par les données récentes

Mark Carney sait parfaitement que, de nos jours, les acteurs du marché suivent de très près l’évolution de sa politique. Il sait à quel point le ton et la formulation de chacune de ses déclarations sont susceptibles d’influencer leur état d’esprit à court terme. Il a lui-même évoqué ce point lors de sa conférence de presse sur l’inflation au mois d’août dernier, qualifiant d’obsession la volonté du marché d’essayer de prédire les hausses de taux d’intérêt. Par conséquent, la semaine dernière, lorsqu’il a commencé la conférence de presse sur l’inflation en évoquant la dégradation des perspectives économiques mondiales hors Etats-Unis et une Europe hantée par le « spectre de la stagnation économique », il savait parfaitement qu’il signalait aux marchés qu’une hausse de taux imminente n’était plus d’actualité pour la Banque d’Angleterre.

Les marchés l’ont bien compris : le ton du rapport a été globalement qualifié de conciliant et les anticipations concernant la première hausse de taux ont été reportées à octobre prochain. En l’espace d’à peine quelques mois, le calendrier anticipé a été totalement bouleversé. Rappelons qu’en juin dernier, M. Carney avertissait les marchés que les taux étaient susceptibles d’augmenter plus tôt que prévu, ce que certains ont interprété comme signifiant dès la fin de l’année.

Bien que le maintien de taux bas pour une période prolongée soit tout à fait justifiable compte tenu de l’absence de pressions inflationnistes, il ne faut pas oublier que les autorités elles-mêmes ne cessent d’insister sur le fait que toute intervention sur les taux ne pourra dépendre que de l’évolution des données économiques. À aucun moment elles n’évoquent les fluctuations des données publiées chaque semaine. Au contraire, il ne s’agit de ne tenir compte que des tendances à plus long terme qui pointent vers une véritable reprise économique. Le langage employé par M. Carney dans sa déclaration est donc déconcertant, dans la mesure où celle-ci donnait clairement et délibérément l’impression que les perspectives mondiales étaient moins favorables et n’indiquait pas uniquement que certains secteurs d’activité avaient récemment fait l’objet d’un ralentissement à court terme. Si l’on observe les tendances à plus long terme concernant les données du Royaume-Uni, il est difficile de justifier une quelconque dégradation des perspectives. Le diagramme ci-dessous indique ni plus ni moins que l’économie britannique a suivi une tendance globalement haussière ces deux dernières années.

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Par conséquent, la déclaration de M. Carney trahit selon nous un préjugé que de nombreux agents économiques peinent à comprendre. Il semble, en effet, que même les autorités éprouvent des difficultés à détacher leurs perspectives à long terme de l’attrait exagéré des données à court terme. Le discours de M. Carney est également susceptible de refléter un certain pessimisme après plusieurs semaines de nervosité sur les marchés financiers et semble révéler sa volonté de trouver des explications comme beaucoup d’autres avec lui. Ce faisant, il a introduit un niveau de complexité inutile (et un potentiel de volatilité accrue) dans la façon dont les marchés analyseront à l’avenir la relation entre les politiques et les données.

Alors que l’ambiance générale est au pessimisme, la tentation est de justifier cette morosité. Il est facile d’être sélectif dans le choix des éléments de preuve. Pour expliquer le repli des marchés d’actions pendant une certaine période en septembre et octobre, il est possible d’indiquer la faiblesse récente des ventes au détail au Royaume-Uni. Mais, même si le mouvement de reprise des marchés s’était poursuivi sans interruption, certains pointeraient d’autres éléments de données comme l’embellie des chiffres concernant les salaires, le chômage, la production industrielle ou l’enquête sur les tendances industrielles menée par la CBI (Confederation of British Industry).

Lorsqu’on tente d’affiner sa vision du monde de manière trop sensible et impulsive sur la base des fluctuations des données, les observations perdent de leur pertinence. Il est toujours possible de trouver quelque chose au sein des données pour conforter un préjugé. Selon nous, le sentiment qui ressort aujourd’hui de l’observation de l’économie réelle britannique est celui d’une réticence à reconnaître qu’un solide mouvement de reprise est amorcé et que les entreprises rechignent à prendre des risques. La Banque d’Angleterre continue elle aussi de penser que le plus grand risque est celui d’une reprise avortée. Elle a peut-être raison, mais les faits indiquent que l’économie britannique montre actuellement davantage de signes de vigueur que de faiblesse.


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