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Un environnement de très très faibles rendements

« Quel positionnement pour les investisseurs dans un environnement de faibles rendements ? » On ne compte plus les conférences destinées aux investisseurs, descriptifs de produits ou brochures publicitaires intitulés ainsi. Il semble que tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui que nous sommes dans un monde en proie à une stagnation séculaire.

Un environnement de très très faibles rendements

C’est intéressant car la réalité observée de 2013 à 2015, c’est que les principaux indices boursiers de la planète (S&P 500, Topix, Dax et MSCI World) ont dégagé des rendements totaux nominaux annualisés supérieurs à 10 %.

À l’échelle des marchés actions régionaux, les rendements totaux réels sont nettement supérieurs aux rendements annualisés moyens générés depuis 1966 (selon le 2016 Credit Suisse Global Investment Returns Yearbook, la bible des investisseurs de long terme).

Un environnement de très très faibles rendements

Il y a eu des maillons faibles, comme le Canada et d’autres marchés pris au piège de la spectaculaire baisse des cours du pétrole depuis deux ans. On pourrait également soutenir que le point de départ pour les marchés européens, postérieur à l’arrivée de Mario Draghi à la tête de la BCE, est flatteur. Toutefois, même en prenant cinq ans de recul par rapport à la fin 2015, l’indice MSCI World affiche un rendement réel de 6 % par an en dollars.

Quant aux emprunts d’État, la plupart d’entre eux ont généré lors des trois dernières années un rendement total nettement plus élevé que ne le suggérait leur cours au début de cette période.

Un environnement de très très faibles rendements

En outre, si vous étiez prêt à prêter de l’argent au Japon sur trente ans à un taux de 1,4 % il y a six mois, vous seriez aujourd’hui 30 % plus riche.

Un environnement de très très faibles rendements

Par conséquent, quand on parle d’un monde de faibles rendements, on parle soit des taux courants, soit du monde dans lequel nous sommes sur le point d’entrer.

Ce dernier argument est raisonnable à certains égards. Lorsque les rendements obligataires baissent, la probabilité qu’ils offrent à nouveau la même rémunération baisse elle aussi (même si les taux négatifs ont ébranlé nos certitudes sur ce point aussi).

Cela est également révélateur de la manière dont les êtres humains perçoivent l’Histoire. Pour la plupart d’entre nous, le présent semble toujours chaotique et plein d’angoisses. De tout temps, les hommes ont redouté que le monde aille de mal en pis.

En revanche, le passé semble harmonieux. On entend souvent de jeunes investisseurs dire : « C’était facile de gagner de l’argent à l’époque, il suffisait de… » Rares sont ceux qui pensent que les années 1990 ou le début des années 2000 pouvaient sembler tout aussi incertains et effrayants qu’aujourd’hui.

Le toujours excellent Morgan Housel a écrit cette année un article expliquant pourquoi les pessimistes ont l’air plus intelligents, tandis que l’optimisme est perçu comme un signe de naïveté. Le « Monsieur-je-sais-tout » qui a tendance à interrompre un cours magistral ou une conférence pour chercher les failles dans une argumentation, et non apporter des éléments pouvant l’étayer. Les célèbres satiristes le deviennent rarement en étant positifs.

Le coût du pessimisme

Toutefois, avoir trop confiance dans son pessimisme présente quelques dangers qui ne se limitent pas aux rendements que l’on a pu rater en écoutant ceux qui parlaient d’un monde de faibles rendements il y a trois, voire cinq ans :

Dans le film « It’s a Mad, Mad, Mad, Mad World » (Un Monde fou, fou, fou, fou), la cupidité amène un groupe de gens qui  ne se connaissent pas à risquer leur vie et celles des autres pour trouver un trésor enterré sous le « Grand W ». Aujourd’hui, nous sommes vulnérables à un autre « W » : celui de la volatilité des marchés.

Il n’y a rien de mal à être baissier ou à croire que nous sommes sur le point d’entrer dans un monde de faibles rendements. Néanmoins, si on laisse les fluctuations à court terme influencer notre degré de conviction, c’est très risqué. Par exemple, si nous avions été tentés de liquider toutes nos positions lors des deux derniers creux d’un marché caractérisé par une trajectoire en W ces douze derniers mois uniquement parce que nous sommes « manifestement » dans un monde de faibles rendements, cela nous aurait coûté très cher.

Un environnement de très très faibles rendements

Loin de moi l’idée de vouloir prédire la trajectoire des rendements et de balayer d’un revers de main les arguments très raisonnables en faveur d’une stagnation séculaire et d’une érosion du rendement des investissements. Toutefois, il est essentiel de ne pas laisser les fluctuations à court terme influencer notre opinion à long terme.

Il convient également de se souvenir de ce que les gens disaient à la fin des années 1990 :

Un environnement de très très faibles rendements

de même que nous sommes manifestement aujourd’hui dans un monde de faibles rendements, la perspective de rendements mirifiques était une évidence à l’époque.  Peut-être que dans vingt ans, les jeunes investisseurs se souviendront avec nostalgie des années 2010.


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