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Quelques mots sur les élections anticipées au Japon : pourquoi le véritable risque serait d’ignorer les actions japonaises

La semaine dernière, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a convoqué des élections anticipées. Il tente ainsi de capitaliser sur le soutien accru témoigné par l’opinion publique au cours de l’été, sur fond de regain de tension avec la Corée du Nord. S’il obtenait une majorité encore plus large à l’occasion de ces élections, cela lui laisserait les coudées franches pour poursuivre son programme de réforme économique. Cependant, quand on repense au récent référendum britannique de juin, une telle initiative peut apparaitre comme un pari dangereux.

Compte tenu des « décennies perdues » subies par le marché des actions japonaises (voir graphique 1), les investisseurs peuvent penser que le coût d’opportunité d’éviter un tel risque est minime, surtout dans un contexte d’instabilité politique croissante.

Mais aujourd’hui, le marché des actions japonaises présente des valorisations très différentes de ce à quoi il nous a habitués. Un rendement des bénéfices de 7 % (contre moins de 2 % en 1994) offre un potentiel de performances élevées, tant en termes absolus que par rapport à l’indice MSCI World, tandis que la prime de risque de ce marché actions de ce marché demeure l’une des plus intéressantes.

A l’occasion du Forum Actions de M&G qui s’est tenu pendant l’été, Johan du Preez avait recommandé de ne pas laisser les expériences passées influencer nos opinions à l’égard du marché japonais d’aujourd’hui. Ainsi, en gardant à l’esprit ces valorisations attractives, nous pouvons passer outre le tumulte politique et aborder certaines des principales questions macroéconomiques.

Le Contexte Économique

La dette du secteur public reste élevée, mais comme l’avait déjà décrit Eric Lonergan dans un précédent article du blog, la Banque du Japon détient une grande partie de l’encours des emprunts d’Etat (autour de 40 %), ce qui incite à penser que ce problème est souvent surestimé.

Dans le même temps, la croissance du PIB s’est stabilisée à environ 1,4 % en année glissante, soutenue en particulier par la consommation et l’investissement au cours des derniers trimestres. La confiance des ménages s’est améliorée, tandis que les ventes au détail ont enregistré une croissance positive en année glissante au cours de chacun des 11 derniers mois. Le Japon a également bénéficié d’une forte et régulière décrue de son taux de chômage depuis 2009 (ce dernier n’étant plus que de 2,8 % en juillet dernier), ainsi que d’une augmentation du taux de participation de la population active (principalement due à une hausse de participation des femmes).

Surtout, du point de vue des actions, les bénéfices de sociétés ont continué de progresser, si bien que les derniers chiffres en matière de bénéfices par action ont dépassé les niveaux auxquels les analystes les anticipaient il y a 12 mois.

Le climat des affaires tel que mesuré par l’enquête Tankan (conditions actuelles et prévisionnelles) indique également une amélioration de l’environnement dans lequel les entreprises évoluent.

Comportement des entreprises

L’amélioration de la gouvernance d’entreprise pourrait également jouer un rôle intéressant à l’avenir dans la création de valeur. Avec la publication en février 2014 du « Code de Bonne Conduite du Japon » par le Ministre des Services financiers, le gouvernement a défini de nouvelles normes en matière de responsabilité des investisseurs institutionnels.

Ce code incite les investisseurs institutionnels (les gestionnaires d’actifs directement et leurs clients indirectement) à s’engager avec les entreprises dans lesquelles ils investissent afin de favoriser une croissance durable à long terme. Au fil du temps, cette incitation devrait améliorer les pratiques ESG au niveau des entreprises, mais aussi réduire le recours à des structures holding complexes qui caractérisent encore nombre d’entreprises japonaises.

Même si le succès des « Abenomics » est toujours discutable, l’économie japonaise semble être sur la bonne voie et le paysage macro-économique dans son ensemble suggère que l’environnement sera à l’avenir favorable aux entreprises japonaises. Ce contexte porteur, combiné à des valorisations attractives, font des actions japonaises un investissement intéressant à moyen terme. La situation politique pourrait devenir de plus en plus complexe et éventuellement susciter quelques incertitudes dans le marché, mais cela est de nature à créer de nouvelles opportunités.


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