Article

Synthèse du 2ème trimestre 2018. Facteurs de risque: guerres commerciales, marchés émergents, Italie et discipline de vente

Aujourd’hui, les États-Unis ont imposé des droits de douane sur 34 milliards de dollars d’importations chinoises, marquant ainsi ce que certains considèrent comme le début officiel de la « guerre commerciale » de Donald Trump.  Le thème de la guerre commerciale a fini par dominer les commentaires de marché à mesure que le deuxième trimestre progressait, détournant ainsi l’attention des sujets qui avaient fait la une de l’actualité au début de la période.

Il est intéressant de noter que la plupart des thèmes qui se sont récemment manifesté ont plus en commun qu’il n’y paraît.

La politique en Italie, les inquiétudes liées aux marchés émergents et les guerres commerciales sont autant de situations où ce qui s’est réellement produit est relativement bénin, mais les valorisations sur les marchés reflètent cependant la crainte de voir la tournure des événements n’être que la première étape pas vers des scénarios potentiellement très sombres.

Nous avons déjà publié des articles sur la politique en Italie et les marchés émergents.  En Italie, le rejet de la proposition d’un ministre des Finances ne devrait avoir que peu ou pas d’impact sur l’économie, mais les investisseurs sont inquiets car cela pourrait être la première étape vers un bras de fer avec la BCE, un défaut, voire une sortie de l’UE.

De même, si la hausse des taux américains et l’appréciation du dollar ont sans aucun doute un impact direct sur les économies émergentes, c’est la perspective de voir ces faits se transformer en crises des balances des paiements qui suscite les véritables inquiétudes.

Les guerres commerciales

L’attention actuellement portée aux guerres commerciales est peut-être l’exemple le plus clair de cette dynamique. De l’avis général, les mesures commerciales prises jusqu’à présent par les États-Unis, la Chine et d’autres pays sont largement négligeables dans le contexte de l’ensemble des échanges commerciaux mondiaux et même au regard du commerce des États-Unis ou de la Chine.

Assez naturellement, il est très difficile de prévoir l’impact réel des tarifs douaniers, en particulier dans un monde où les chaînes logistiques mondiales sont plus interconnectées. Mais, ceux qui ont essayé ont eu tendance à établir un impact sur le PIB américain inférieur à 0,5 % et souvent encore beaucoup moins (voir par exemple ici, ici et ici).

Dans tous les cas, ces modèles entrent dans la catégorie des pseudosciences quantitatives que Tristan a récemment abordées (il est à noter la fausse précision dans les tentatives de détermination des impacts tarifaires à deux décimales !). Nous devons par conséquent être sceptiques à l’égard de leur valeur, mais ils démontrent bien que c’est la possibilité d’une escalade due aux mesures de représailles, plutôt que les annonces faites jusqu’à présent, qui inquiète les investisseurs.

Une tendance aux représailles a clairement suivi au cours des trois derniers mois et la Chine a déjà annoncé l’entrée en vigueur de propres tarifs de rétorsion à compter d’aujourd’hui.

Jusqu’à présent, les réactions des marchés à ces nouvelles ont été relativement limitées. La Chine et les marchés connexes ont été les plus touchés au cours de cette phase.

A l’inverse, le marché actions américain (en grande partie soutenu par la forte performance des grandes valeurs technologiques) et même l’Australie, qui est souvent considérée comme étroitement liée à la croissance chinoise, mais qui a jusqu’à présent évité les droits de douane américains sur l’acier, ont bien résisté.

Toutefois, il pourrait y avoir des signes d’inquiétudes plus larges. Parallèlement aux statistiques macroéconomiques mondiales qui ont continué d’être inférieures aux prévisions, les craintes d’une guerre commerciale semblent avoir eu un impact sur l’opinion à l’égard des perspectives de la croissance mondiale. L’aplatissement de la courbe des taux américaine a encore une fois retenu l’attention, mais les choses ont été différentes cette fois-ci.

Contrairement à la majeure partie de l’environnement des douze derniers mois – dans lequel la courbe s’est aplatie parce que les taux à court terme ont augmenté et ceux à long terme sont restés stables (« bear flattener »), l’évolution en juin a été provoquée par une baisse plus importante des rendements au sein des obligations à plus long terme (« bull flattener »).

Il faut se garder d’en tirer trop de conclusions, mais c’est peut-être révélateur d’un plus grand pessimisme à l’égard des perspectives de la croissance mondiale. Les statistiques vont jouer un rôle majeur, mais le moment où intervient le « bull flattener » confère une certaine crédibilité à l’argument selon lequel les craintes d’une guerre commerciale ont bel et bien un impact.

Compte tenu de ces risques : la discipline de vente et l’investissement « value »

Ces types d’environnement, où des événements apparemment mineurs pourraient être révélateurs des premiers étapes en vue de quelque chose de plus significatif, illustrent une fois de plus la raison pour laquelle il est incorrect d’envisager le risque uniquement en termes de volatilité (Joe Wiggins parle alors de « risque extrême » dans un article publié cette semaine dans le cadre du débat sur le fait que la volatilité soit ou non le risque (« is volatility risk? »).

Ils sont également une épreuve pour la psychologie humaine. Beaucoup d’investisseurs prétendent éviter les prévisions et se concentrer uniquement sur les faits, mais il peut néanmoins être tentant de croire que les faits d’aujourd’hui ont entraîné une suite irrévocable d’événements. En tant qu’êtres humains, nous avons aussi peur d’avoir l’air idiot et naïf. Personne ne veut être exposé lorsque le pire se produit bel et bien après pourtant que « tous les signes étaient là » pour le laisser entrevoir.

C’est précisément là que la discipline de vente devient extrêmement importante. La discipline de vente n’est pas une affaire d’objectifs de cours ou d’ordres « stop loss », mais de flexibilité afin d’admettre quand les faits ont changé et d’éviter de s’obliger à conserver des positions qui ne font plus sens lorsque le contexte a changé.

A l’heure actuelle, nous pouvons voir pourquoi les investisseurs pourraient avoir peur : un seul et même thème domine les commentaires, il est facile d’imaginer des scénarios négatifs et une intensification semble inévitable. S’il n’y a pas d’intensification ou, plus important encore, si d’autres événements positifs auxquels nous ne pensons même pas aujourd’hui se produisent, alors la réaction du marché est susceptible d’être exagérée et de représenter une opportunité. A l’inverse, si la situation fondamentale se détériore, nous ne devons alors pas nous montrer dogmatiques dans nos opinions.

En tant qu’êtres humains, le biais rétrospectif nous incite à croire qu’une fois qu’une chose s’est produite, c’est parce qu’elle a toujours été inévitable et que nous aurions dû être capables de la prédire à l’avance. Toutefois, nous devons nous faire à cette réalité qui est que nous ne pouvons pas connaître la trajectoire que l’avenir empruntera. La réussite d’un investissement repose souvent simplement sur cette humilité.


La valeur des investissements peut fluctuer et ainsi faire baisser ou augmenter la valeur liquidative des fonds. Vous pouvez donc ne pas récupérer votre placement d'origine.